Pourquoi ?

« L’économie bleue » est en marche, mais…

Pêche en Atlantique (Peignon, Christophe, IRD www.indigo.ird.fr)

Pêche en Atlantique (© Peignon, Christophe, IRD www.indigo.ird.fr)

Dans la période actuelle de crise économique et écologique, de nombreuses instances dont l’Union Européenne préconisent d’aller en mer, et de développer les activités économique maritimes. « L’économie «bleue» représente 5,4 millions d’emplois et une valeur ajoutée brute de près de 500 milliards d’euros par an. Cependant, la stratégie souligne un certain nombre de domaines dans lesquels une croissance accrue du secteur est encore possible. »

De fait, de nouveaux secteurs économiques apparaissent en mer, comme les énergies marines renouvelables, des produits novateurs de santé et de cosmétique, l’exploitation off-shore des fonds marins pour des ressources minières… en sus des autres activités économiques maritimes habituellement considérées et développées: pêche, aquaculture, transformation des bioressources marines, exploitation minière proche des côtes, transport maritime, construction navale, plaisance, tourisme, services, recherche, formation…
L’économie bleue est en marche partout dans le monde… Cependant, dans cette « effervescence bleue », prometteuse, sur un plan économique, il ne faudrait pas perdre de vue les enjeux de préservation de la mer et du littoral.

Peut-être, plus encore que sur les milieux terrestres, y a-t-il la nécessité d’un développement durable des activités en mer, l’adoption d’une approche intégrée, qui prenne en compte toutes les interactions possibles entre les diverses activités humaines et le milieu marin ?

Réserve marine du récif Aboré dans le lagon sud de la Nouvelle-Calédonie

©D.Ponton-D.Pelletier (www.indigo.ird.fr)

Car la mer est un milieu continu, unique et fragile …
La mer, les océans constituent un milieu unique dont les organismes vivants dépendent intimement pour toutes leurs fonctions biologiques essentielles (respiration, alimentation, locomotion, excrétion, reproduction…). C’est un milieu continu, les océans forment un tout connecté.

Tous les écosystèmes marins, toutes les chaînes trophiques sont interdépendants. Les enjeux sur les océans sont donc locaux et mondiaux. Les menaces qui pèsent sur eux sont grandes :

– Le changement climatique : les océans jouent un rôle crucial dans la séquestration du gaz carbonique. Mais ils sont aussi touchés par les conséquences du changement climatique. L’acidification et le réchauffement de la surface des océans sont maintenant avérés, porteurs de conséquences importantes sur la biodiversité marine, le fonctionnement du climat, les équilibres des socio-écosystèmes …

 

-La surexploitation de certaines ressources halieutiques : l’état de certaines ressources halieutiques en mer est inquiétant. Pêcheries durables ou pêcheries appelées à disparaître ? Les interrogations sont grandes. Et il est urgent d’agir, au-delà des controverses présentes …

crepidule

Crépidules, un exemple d’espèce invasive (©Ifremer)

-Les pollutions : le lien de la terre vers la mer est primordial, plus de 70 % des pollutions marines sont de fait d’origine terrestre! Toutes ces pollutions chroniques (accumulation de nitrates, de pesticides, de métaux lourds, de microfragments plastiques, de macrodéchets) sont susceptibles d’affecter les divers organismes marins, modifier et perturber les écosystèmes, parfois très loin, au large,… Les pollutions accidentelles comme les marées noires sont aussi inacceptables.

-La destruction des habitats est une menace importante sur les écosystèmes marins, due à de nombreuses causes, le plus souvent humaines : aménagements excessifs du trait côtier, urbanisations, dragages, traits de chalut intrusifs, etc… Et pourtant ces habitats sont essentiels, et procurent de multiples « services » aux socio-écosystèmes marins.

-Les espèces invasives, introduites parfois volontairement par l’homme, ou « invités surprise ». Elles constituent de vraies menaces sur la biodiversité marine, car l’extension de l’espèce indésirable se fait parfois très rapidement, comme par exemple la crépidule en Bretagne.

Il est donc important de partager une même démarche pour toutes les activités humaines qui se rapportent à la mer : adopter une approche socio-écosystémique c’est-à-dire une vision globale, intégrée, qui prenne en compte les interactions et la complexité des systèmes marins et de l’action de l’espèce humaine (cf le projet européen PISCES).

Une seule manière possible, une gestion intégrée de la mer…

Cette approche intégrée, baptisée «Gestion Intégrée des Zones Côtières (GIZC), ou Gestion intégrée de la Mer et du Littoral (GIML) a été préconisée dès le Sommet de la Terre de Rio en 1992, car elle est la seule permettant une préservation des socio-écosystèmes marins et côtiers et un développement harmonieux . C’est aussi un moyen d’éviter ou de minimiser les conflits d’usage, de plus en plus fréquents.

Des instances de concertation et de gestion intégrée de type GIZC et GIML se mettent en place partout dans le monde, sur des échelles variables de territoire, et où les acteurs économiques sont conviés: échelle locale, régionale, nationale, supranationale.

Mais encore faut-il que chacun soit engagé, et soit en capacité d’écouter les autres acteurs.

Des professionnels engagés sur un développement durable, une nécessité pour la mer…

Les professionnels des secteurs économiques maritimes sont présents dans ces structures de gestion intégrée, le plus souvent représentés par leur syndicat ou groupement professionnels.

On peut cependant noter que la participation à des structures de gestion intégrée et l’engagement d’une entreprise en matière de préservation du milieu marin sont très variables d’une entreprise à l’autre. Souvent, les enjeux environnementaux sont perçus par les chefs d’entreprise comme une contrainte supplémentaire, en raison d’une réglementation difficile à suivre et exponentielle, de la crainte de conflit avec les acteurs locaux, notamment les associations de citoyens, l’opinion publique locale, et certains élus. Cette réserve est très fréquente auprès des petites et moyennes entreprises qui constituent pourtant plus de 80 % du tissu économique français.

Il faut aussi relever le fait que l’application des principes du développement durable n’est pas encore contraignante pour les entreprises de petite taille, alors que c’est le cas pour les grands groupes, obligés maintenant de rendre des comptes sur leur Responsabilité Sociétale et Environnementale (RSE), et notés en tant que tels par des agences de notation. Cette situation est en train d’évoluer. Par voie de conséquence d’une chaine de responsabilité, et la contrainte développement durable introduite dans tous les appels d’offres publics, les petites et moyennes entreprises en contact direct avec de grands groupes ou des collectivités sont plus ou moins obligées d’engager une démarche de développement durable, et de rendre des comptes sur leur RSE.

Pour la plupart des entreprises de petite et moyenne tailles, la priorité environnementale est plus dans la recherche du respect de la réglementation (ce qui n’est d’ailleurs pas toujours acquis), que la volonté d’aller plus loin en termes d’engagement vers un développement durable, pourtant le seul compatible avec une gestion intégrée et les enjeux de la mer.

Les cas d‘entreprises très engagées sur le chemin du développement durable sont rares et méritent d’être soulignés, notamment dans le domaine maritime. Parmi celles-ci, l’engagement se situe à des degrés divers, parfois sur un seul ou des produit(s) plus éco-responsable(s), un éco-label, parfois sur la totalité de la démarche de l’entreprise.

On est aussi encore très loin d’avoir une responsabilité commune qui unisse les différents secteurs professionnels du monde de la mer.

Un réseau RespectOcean pour des professionnels engagés…

Dans ce contexte, le réseau RespectOcean a pour objectif principal de contribuer à « Inscrire les activités maritimes et côtières dans une logique de développement durable. »

TOUR DE LA BRETAGNE 2007

©J.M. Liot

 RespectOcean repose sur la constitution d’un réseau d’entreprises et organisations maritimes (associations, organisations professionnelles, etc.), réunies autour d’un même engagement et d’une même responsabilité vis-à-vis de la mer et de tous ses acteurs.

Le réseau RespectOcean s’appuie sur les actions suivantes :
-La co-rédaction, révision et acceptation d’une charte commune d’engagement de tous ses membres,
-Un accompagnement de ses membres dans leur cheminement vers un développement durable, par une mise en réseau, un échange, une pédagogie, une mutualisation des moyens,
-Ce site web pour concrétiser le réseau, le faire vivre et l’animer, le faire connaître, et l’ouvrir vers les autres parties prenantes du monde maritime : organismes publics de recherche, services de l’état, associations, personnalités…
-Des actions de concertation, réunions, ateliers, autour des enjeux pour chaque filière (par exemple, accompagnement dans l’élaboration de guides de bonnes pratiques pour la filière en jouant parfois un rôle de médiation), et vers les autres acteurs.
-Des actions de communication, par exemple l’association à des projets relais, sportifs ou des aventures de mer, relayant la démarche engagée par RespectOcean et les actions concrètes des membres.

C’est en donnant l’exemple, en partant d’actions concrètes, que l’on pourra avancer et persuader les autres de venir. Soyons pragmatiques.

Le réseau RespectOcean réunit des acteurs professionnels, investis localement dans des projets de gestion intégrée et leur donne les moyens de gagner en crédibilité et en légitimité auprès des autres acteurs locaux, régionaux, nationaux et internationaux.

Partir du « terrain », faire du concret, faire du local tout en pensant global

Photo ceva

Ile Renot ( ©Ceva)

Les perspectives de croissance d’une économie bleue ont été soulignées pour la France, d’autant qu’elle se situe au 2ème rang mondial pour la superficie de ces zones maritimes avec les territoires ultramarins comme l’en témoigne le discours du premier Ministre J.M. Ayrault lors des dernières Assises de la Mer en décembre 2013.
En métropole, sur une région comme la Bretagne, (2700 km de côtes), qui réunit la quasi-totalité des métiers de la mer sur son territoire, l’enjeu est aussi de taille. De fait, comprenant très vite tous les atouts qu’elle avait dans le domaine maritime, mais aussi toutes les menaces qui pesaient sur son littoral, la Bretagne s’est engagée concrètement dans un processus de Gestion Intégrée des Zones Côtières. Fruit d’une concertation avec les principaux acteurs du littoral, la Charte des Espaces côtiers a été adoptée en 2007. Elle a été rejointe, par des nombreuses collectivités du littoral breton, réunies par le réseau «Melglaz».
Dans ce contexte régional, le réseau RespectOcean démarré en 2012 avec un panel d’entreprises bretonnes et de l’Atlantique) a reçu en 2013 le soutien de le la Bretagne dans le cadre de son appel d’offres « GIZC » pour s’inscrire dans un des chantiers définis de la Charte des Espaces Côtiers.




Pour RespectOcean, il s’agit de faire de la Bretagne un territoire maritime pilote, pour expérimenter et développer un réseau d’entreprises de la mer, interlocuteurs responsables dans les instances de concertation de la mer et du littoral.
Il faudra pouvoir étendre cette démarche concrète à d’autres régions littorales, qu’elles soient françaises, européennes, mondiales…

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